THE BIRTH

THE BIRTH
Bon j'en pouvais plus du tout de la tournure que mon blog précédent avait pris, il avait plus de quatre ans dans les pattes, il se faisait vieux, surchargé d'articles inutiles, croûlant sous les réflexions immatures, bloqué sous des monolithes de shit-talking et autres dolmens de parlottes inutiles ; du coup j'en tourne la page (Internet, mouarf mouarf) une fois pour toutes, balayant d'une cyber pichenette ce temps auquel vivre ne se conjugue pas qu'est le passé, et j'en créé un nouveau qui sera définitivement plus axé SKATEBOARD que prise de tête 'mes-articles-sont-trop-longs-et-personne-ne-les-lit', 'c'est-un-beau-roman-c'est-une-belle-histoire', ou encore mode d'emploi 'le jonglage pédiplanchal pour les nuls'.

Non là c'est no pressure (dans tous les sens du terme, comprend qui peut, ah ah !), je rushe mes articles parce que de toute manière, j'ai autre chose à foutre (vivre en est une, Internet = poison, dis-je en créant ce blog à putain de deux heures quatorze du mat'), mais je vous souhaite une bonne visite quand même, ne serait-ce que parce que j'ai l'esprit courtois. Tant que vous ne dérangez rien et que vous refermez bien la porte en repartant... ou tout l'inverse.

Et la photo, c'est un ollie au Disneyworld local back in 2004. J'ai refait la même chose aujourd'hui, putain, vous pensez que je suis resté bloqué ?
Au pire, tant pis.

# Posté le jeudi 13 novembre 2008 20:22

'Voyou'

'Voyou'
Bon j'avais quand même écrit quelques trucs pas mal sur mon ancien blog, et puisque apparemment je ne semble pas tenir à ce que tout ce qui s'y trouvait se perde ('le coeur a ses raisons que la raison ne connaît pas', et tout ce que vous voulez, ça fera cinq euros et trente centimes, merci ma bonne dame, personne suivante bonjour), les articles qui suivront sentiront le réchauffé pour les anciens habitués, ce à quoi je réponds, tant pis...

'C'était une belle journée d'été de ce qui sera dans quelques heures 'l'année dernière'.. (l'article a été rédigé le 31 décembre 2005, NDR) Je revenais, avec un pote, du park local où un collègue de planchon (Albion) avait filmé quelques tricks de mon cru avec son appareil photo numérique pour le trip, lorsqu'au hasard de nos pérégrinations skateboardistiques nous tombâmes sur un mur de marbre tellement blanc, lisse et vierge qu'il semblait crier, appeller à un peu de dépravation, comme réclamant désespéremment un contact imminent d'uréthane sale, et implorant la résorption d'une supposée douleur interne et intense par d'apaisants crissements, faute de morphine. Nous nous adonnâmes donc à quelques wallrides frontside et backside, sous les regards souvent perplèxes, parfois outrés de certains passants, jusqu'à ce que finalement un homme d'un âge certain s'autoproclame avocat du mur attaqué, s'interposant au nom de la municipalité pour en prendre la défense via une véritable plaidoirie. Mis au courant des dommages et intérêts que nous encourions en cas de chute d'une plaque de marbre (éventualité que ni mon camarade ni moi n'avions jusque lors envisagé, aussi sot que cela puisse paraître), nous décidâmes donc de changer d'espace.

Le soir venu, après avoir regagné mon domicile, Albion m'interpella sur MSN, pour me faire part d'une anecdote amusante : l'homme qui nous avait dissuadé de rider le spot quelques heures auparavant s'avèrait en fait être son père (que ni mon collègue ni moi n'avions rencontré auparavant, nous n'avions donc aucune idée du lien de filiation existant entre les deux individus), et alors que le jeune était en train d'acquérir le footage du jour sur son ordi, son géniteur m'avait identifié comme celui qu'il avait appréhendé dans l'après-midi, et avait fait une remarque qui figure d'ailleurs toujours dans mon pseudonyme MSN.

La notion d'impossible est ancrée dans le fonctionnement logique des gens de façon profonde... Pendant leur enfance, les irrécupérables des générations précédantes les ont résigné à ne jamais s'essayer à certaines actions, en leur démontrant scientifiquement qu'elles étaient vouées d'office à l'échec, et donc les confortant dans l'idée qu'il était préférable de ne pas s'attarder dessus. Comme la reconnaissance d'un échec personnel que l'on désire, sûrement par frustration, rendre intemporel : 'ce que je n'ai pas réussi à faire, personne ne le fera après moi, tout simplement parce que cette action que j'ai tentée n'est en fin de compte pas faisable'. Comme pour une tentative d'aiguiller la postérité, en réduisant toujours plus le nombre de voies erronnées, assimilées à du temps perdu, sur lesquelles elle serait susceptible de s'engager. Car le temps constitue en fait la ressource la plus inestimable qu'il soit donné à l'être humain, vu que sans lui, aucune autre n'a d'utilité - d'ailleurs, l'existence d'une fin du monde annoncée, symbolique de la révolution du temps humain, et même, à moindre échelle, l'approche constante de la mort individuelle, en fait douter plus d'un quant à la finalité de ses actions - bien que tout le monde soit au fond conscient que, dans l'absolu le plus total, il n y en aura aucune. En définissant des actions comme impossibles à accomplir, on tente d'éviter au possible à nos successeurs, sans les concerter au préalable, le gaspillage de cette précieuse denrée qu'est le temps, en condamnant moralement les voies apparaissant comme de garage.

Or ces voies, certains décident, en proie à une quelconque folie, d'utiliser le temps qui leur est imparti pour les explorer tout de même. L'impossible consistant en l'au-delà des limites physiques et des relatives contraintes allant de pair, pour se le représenter mentalement on tend à penser immédiatemment au domaine de la recherche scientifique (par exemple la fission d'un atome, considéré à tort comme particule élémentaire, a été longtemps pensée impossible), ou encore à une situation apparaissant très fortement compromise étant donné les circonstances, à un point tel qu'on la met définitivement de côté (comme, parcourir quatre-cent kilomètres à pied en une heure) - mais quelque soit le contexte, il s'agit d'une donnée physique.

Le skate est physique.

Souvenez-vous de la première fois que vous en avez vu... Votre réaction a sûrement été la même que la mienne : 'mais putain, comment fait-il, ce bonhomme debout sur une bête planche en bois, pour arriver à sauter avec ?!'. Après tout, on vous avait toujours dit que c'était impossible, d'ailleurs votre vie aiguillée bien loin des voies de garage n'avait pu que vous conforter dans cette idée.

Autant les prouesses en patinage artistique, pétanque, tir à l'arc, football, tennis... n'apparaîtront que techniquement complèxes et difficiles à l'individu lambda non initié, que le skateboard lui paraîtra tout bonnement impossible, car défiant toute une conception du physiquement représentable que l'expérience de sa vie aura progressivement confortée chez lui, pendant des années. Ne serait-ce que le fait de sauter un trottoir en ollie - je vous épargne la conceptualisation des vrillages de planche dans tous les sens pour finalement retomber dessus comme si de rien n'était. Ajoutez à cela une peur instinctive de l'inconnu plus ou moins brillamment combattue par chacun, et vous comprendrez (en partie) pourquoi les gens, souvent, détournent le regard et pressent le pas lorsqu'au détour d'une ruelle, ils viennent à déboucher sur une place sur laquelle un guignol s'acharne désespéremment à passer un escalier en faisant n'importe quoi avec une planche à roulettes. 'Il faut vraiment tomber bien bas pour avoir autant de temps à perdre...'

Nous sommes tous fous, car nous réalisons l'impossible. Nous explorons des voies de garage désertées par la masse, et lorsque nous exhibons les trouvailles que nous y avons faites, celle-ci reste indifférente et préfère les ignorer, constatant leur propre rendement patrimonial nul et profondément touchée et appeurée. Si Dieu sait à côté de quoi elle passe, il se dit également 'tant pis pour elle'.

Nous choquons. Nos sommes comme des clochards anarchistes errant dans les rues de l'existence, ayant choisi de subsister en dehors du système et prouvant à chaque seconde, de notre vivant, la réalité potentielle de notre alternative à des êtres mécanisés. Nous violons leurs règles non fondées, et ce faisant nous les rappellons à leur misérable condition. Nous vivons pendant qu'ils agonisent, et ils en sont conscients.

Eux qui avaient toujours cru que c'était impossible.

'Ah bin lui c'est un voyou il roulait sur le mur''

-- MRCK 2005

Pour la photo, c'est juste Scott Bourne.
(source : Epicly Later'd)
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# Posté le jeudi 13 novembre 2008 20:40

Modifié le jeudi 13 novembre 2008 21:46

'==.===.=='

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Encore un vieil article, rédigé très exactement le 25 mai 2005 - ça commence à dater, la Fully Flared n'était même pas encore sortie (private joke, ah ah). Ca doit bien être l'un des meilleurs trucs que j'ai jamais écrit, à vrai dire je ne sais même pas si je serais capable de rédiger un truc pareil aujourd'hui, ce qui le cas échéant constituerait une idée assez triste si seulement j'étais du genre à me laisser dériver plutôt que de me dérouiller lorsque besoin est pour que les choses continuent de fonctionner comme moi je l'entends. Oui car en fait, reparcourir mon vieux blog me donne envie de réécrire - m'être âprement replongé dans la littérature l'an passé ne doit pas m'avoir aidé, j'ai même davantage l'impression d'étudier les styles des auteurs dont je lis les oeuvres plutôt que de me contenter de suivre le récit, est-ce grave docteur - c'est d'ailleurs sûrement pour cette raison subconsciente que je relance un blog, j'imagine. Mais assez de blabla - CUT THE CRAP.

(Ah oui au passage, à l'époque cet article a été publié dans SuGaR.)

'Sortir de chez soi, encore tout engourdi de la nuit précédente ou d'avoir passé des heures assis sur une chaise ou dans son fauteuil à regarder la dernière Real, même que t'as encore la zik de la part de Busenitz dans la tête. Fermer sa porte à clef pour éviter toute intrusion discrète chez nous pendant notre absence, alors que nous-mêmes nous préparons à en effectuer une des plus bruyantes dans le monde extérieur, leur monde à Eux - l'infraction par effraction. Le sac à dos alourdi d'un nombre grandissant de litres de flotte (dont la moitié réservés aux mendiants de spot qui, apparemment confus, confessent régulièrement avoir 'oublié leur bouteille'), ce signe caractéristique d'un été de sessions imminent, un amour de trimestre ensolleillé pendant lequel votre eau sous plastique ne reste jamais longtemps fraîche... Avancer jusqu'à la route, quelques pas et glisser sa board sous ses pieds, la première poussée d'une longue série, généralement les plus difficiles, celles qui vous rappelle qu'il est possible d'avoir des os de vieux à 17 ans. Cruising pénible sur une route qui ne roule pas, jusqu'au spot où tous vos potes vous attendent, voire parfois, même si moins glorieux à admettre, l'arrêt de bus le plus proche (feignasse). On arrive, au même moment machin rate son trick sur les quatre marches, on en profite pour lui dire bonjour, un sourire échangé, on prend sa board à la main le temps d'une poignée de main générale. 'On n'attendait plus que toi'.

Et c'est que le Temps s'arrête. Passé révolu et futur mystérieux, le monde n'est plus qu'un amas, certes confus à l'extrême mais non moins agréable de Bruit, celui des roulements sur le sol terrestre, celui des claquements de tail à l'encontre des lois de la gravité, celui des 'ah', des 'yeah' et des 'oh', autant de cris insensés qui fusent de part et d'autre de cet endroit qui nous est propre, une cour de récréation improvisée, un environnement qui nous distingue du reste du monde qui semble d'ailleurs s'être arrêté ; ce morceau de rêve arraché à Babylone, cette dimension parallèle que nous visitons tous une fois sur notre planche, d'un endroit pourtant bel et bien réel mais redéfini par chaque individu en fonction de ses codes, comme le soutenait Henri Lefebvre ; et, en notre cas à Nous qui partageons un tronc plus ou moins commun de repères particuliers, à la fois délimité superficiellement et ouvert à une infinité de possibilités d'exploitation.

C'est la fin du monde, l'apocalypse. C'est une bataille journalière mais à chaque fois décisive d'une guerre contre le Monde - nous sommes en train de lutter, comme pour notre survie - mais sommes-nous en train de nous défendre ou d'attaquer ?

Pendant une session, nous vivons le présent, nous vivons au présent, et plus rien n'a plus aucune importance. A part. Pester contre son lacet ayant cédé aux offenses récurrentes d'un grip inflexible, impitoyable et impartial en encore moins de temps que son prédécesseur, ou contre les billes de son roulement ayant décidé de revisiter la Déclaration d'Indépendance. Boire de l'eau chaude d'une bouteille dégueulasse, laissée à la portée des rayons de soleil trop longtemps par l'autre pékin même pas foutu de remettre un sac là où il l'a pris - à moins que ça soit l'ombre qui ait changé de place, représentant le seul témoin impersonnel reportant que le monde extérieur n'est pas encore mort. Rentrer un flip back à 90° replaqué en pivot bizarre, super sketchy, super moche pour certains voire pour soi-même, pour tous ceux qui ont oublié que le ollie était sensé être impossible. Se manger en réessayant le même trick, alors que pourtant on y arrivait parfaitement à chaque coup la veille, et se taper un fou rire allongé par terre sur la planète - plus on est de fous plus on Vit. Aller s'asseoir sur un banc qui, l'espace de cinq secondes, recouvre un usage conventionnel selon Eux, mais presque extraordinaire pour Nous - cinq secondes, le temps de voir machin essayer un truc, que notre cerveau engendre de cette perception une idée nouvelle et qu'il envoie un message à nos jambes dont l'intensité dépasse celle de la fatigue musculaire. Faire des poursuites avec ses potes, inventer des conneries ou des tricks qui sont quand même bien chim, la preuve ils étaient pas dans la Real...

Jusqu'à ce que la nature nous rappelle à l'ordre. Et que le Temps reprenne de ses droits. Quelques gouttes de pluie, ou une lune naissante, nous font nous resouvenir de l'existence d'un 'chez-nous' officiel. D'une continuité temporelle qu'il est possible d'oublier, d'ignorer mais que l'on doit forcémment subir. La nature règne et nous le rappelle, les Hommes, qu'il s'agisse d'Eux ou Nous d'ailleurs, ne sont que des faggots de paille baladés au gré du vent du néant, nous sommes la définition de l'éphémèrisme extrême aux frontières du Rien. Le monde n'est qu'une fraction d'absolu, servant de refuge à des milliards et même plus encore d'être vivants qui existent, pour un temps très limité. Sauf que certains ont choisi de tirer parti de ce rien.

Certains ont choisi de Vivre.

Les faits ont rattrapé les idéaux des deux parties. La Nature a tranché entre Eux et Nous en s'imposant vainqueur indiscutable. Une bataille de perdue, mais pas la guerre, aussi vaine soit-elle - c'en est d'une bonne, de guerre. Question de principe.

On reviendra demain.'

-- MRCK 2005

Photo trouvée sur urley.skyblog.com, je la trouve géniale, pas vous ?

# Posté le jeudi 13 novembre 2008 21:05

Modifié le mercredi 03 décembre 2008 14:42

Voyages voyages

Voyages voyages
Allez un dernier vieil article pour la route, et promis, après celui-là je cesse de jouer les antiquaires blogistiques et on arrête les textes de trois kilomètres, ah ah ! A mon avis celui-là n'est pas spécialement bien écrit (surtout qu'apparemment il a été compris de travers par certaines personnes à l'époque, qui n'ont pas compris qu'il s'agissait en fait d'un coup de chapeau à Denis Noël et non d'un coup de gueule, à cause de la tournure générale du bouzin j'imagine) ; toutefois il a pour mérite de rappeller au lecteur ce vieux mais si sage adage selon lequel 'les voyages forment la jeunesse' - jeunesse qui, par ailleurs, ne meurt que lorsqu'on décide de se considérer comme vieux, ah ah ! Plus d'un devraient en prendre de la graine - vous avez la chance de posséder un skateboard, qui constitue non seulement un moyen de transport mais également un incroyable vecteur de communication international, pour ne pas dire universel, ça serait dommage d'en gâcher le potentiel (et, à l'échelle supérieure, de gâcher le potentiel de votre brève existence sur cette planète) en restant à en faire devant chez vous non ?

'Il y a un an et demi maintenant, Denis Noël, alors récent fondateur de Doble Skatebordel, refuse de payer une amende de 11 euros pour avoir ridé le centre-ville de Roanne et remporte le procès au nom de la liberté individuelle ; s'en suivit un appel des pouvoirs publics dont personne n'a encore eu écho des résultats. Réels motivation et engagement d'un personnage militant pour l'acceptation du street par les municipalités ou, comme certains aimaient à le prétendre, énorme clash coup de pub pour sa marque, à moins qu'il ne s'agisse des deux réunis, l'affaire a effectivement fait couler beaucoup d'encre à l'époque... de la part des médias, mais également de Denis Noël lui-même, qui se lança dans une véritable propagande interne au milieu du skate, incitant à la mobilisation des riders pour défendre sa cause (entre autres par le biais d'une manifestation nationale qui s'est en fait avérée être un fiasco monumental du fait d'un manque de motivation général, anecdote dont on se passera de tout commentaire).

Pour toucher les skaters par le plus de moyens possible, le bonhomme écrivit une lettre incitant les skaters à militer que les magazines publièrent ; pour le net il réalisa de nombreux flyers et stickers téléchargeables entre autres sur sk8.net. Rien de bien transcendant, si ce n'est la planche de stickers détournés des contreversées étiquettes 'fumer tue' placardées sur les paquets de cigarettes, avec des slogans de nature apparemment engagée tels que 'le skate nuit gravement aux beaufs', 'l'Etat n'aime pas le skate', 'le skate abime le béton', 'le skate procure de la liberté' en passant par le classique 'le skate n'est pas un crime'.. Il s'agissait là davantage de provocation qu'autre chose, néanmoins l'une d'entre elles retint tout de même mon attention et orna même mon portable avant de se décoller lamentablement avec le temps, de la coque du téléphone en question mais pas pour autant de mon esprit.

On pouvait lire dessus : 'le skate fait voyager'.

Denis Noël avait-il seulement conscience de la profondeur de ce slogan en particulier ? On pourrait se le demander, étant donné que parmi tous les autres il s'agit du seul qui signifiait profondément quelque chose il pourrait être tentant de penser qu'il s'agit d'un heureux fruit de l'aléatoire, mais ça serait oublier que celui qui l'a pensé est un skater, lui aussi.

J'aime imaginer comment quelqu'un de totalement étranger à notre pratique et à notre culture pourrait interpréter cette petite phrase. Sa conception du skate se résumant certainement à un bête jouet à la mode avec, en fond dérivé et parasite, un obscur et insalubre milieu de casse-cous parrainés par Mc Donalds faisant du 'U' ou des varial heel to fakie dans l'Eté des Records, il y a de fortes chances pour qu'il ait à se creuser la tête un tantinet avant de pouvoir avancer un semblant de traduction. Qui plus est, il s'agirait sûrement de quelque chose de bien lointain..

Alors que pour un skater, le nombre de sens attribuables à ce slogan est infini ! Le skate fait voyager... Et ce de moult façons. Voyager dans le sens où on se déplace sur sa board certes, mais il s'agit de l'interprétation possible la plus évidente, tellement qu'elle en serait presque trompeuse. Le skate, à la base, c'est quand même le fait de rouler, la preuve c'est qu'on parle de planche à roulettes - on voyage donc physiquement, au fil de nos pérégrinations quotidiennes sur nos montures d'érables. Imaginez un instant le nombre de kilomètres que vous avez dû parcourir sur votre board et ce depuis la première fois que vous avez posé votre pied sur une deck, tel le Petit Poucet enfilant les bottes de sept lieues.

Ce nombre de kilomètres parcourus ne va cependant pas forcémment de pair avec le nombre de poussées données depuis le premier jour. Or déplacements urbains inhérents à la pratique, il est également possible de voyager physiquement autrement que sur sa board, mais toujours grâce à elle. Quand ça n'est pas vous qui la faites avancer, mais elle qui vous emmène. Un road-trip entre potes, par exemple. Aussi anecdotique soit-il en apparence, il finit toujours par laisser des traces. Une aventure entre frères de grip réunis sous leur blason, une coalition pour aller conquérir d'autres terres, et rider de nouveaux spots. Des endroits où l'on n'aurait jamais mis les pieds si ces mêmes pieds n'étaient jamais en premier lieu entrés en contact avec sept lattes de bois compactées. Des rencontres que l'on n'aurait jamais fait. Des souvenirs que l'on n'aurait jamais ramené.

Et qu'en est-il du voyage mental que l'on effectue comme en proie a une divine magie s'emparant de nous un peu plus à chaque poussée ? On bascule alors dans une dimension parallèle où tous les codes sont bouleversés et où le temps nous appartient..

Le skate, c'est une aventure, un moyen de découvrir le monde... Ca se vit d'une infinité de façons, et ça fait voir du paysage, dans tous les sens possibles du terme. Tous ces lieux visualisés, tous ces endroits et toutes ces personnes s'étant reflétés dans vos yeux et ayant laissé une marque indélébile dans votre esprit... C'est grâce à votre board en premier lieu, faudrait voir à ne pas l'oublier.

Très loin d'être con ce Denis Noël.'

-- MRCK 2005

Photo : la preuve en image que le skate fait voyager dans tous les sens du terme. Shootée à mon insu le plus total par notre grand ami à tous Romain aka. 'BadiBadan'

# Posté le jeudi 13 novembre 2008 21:40

Aymeric - F/s smith (Rouen, Hôtel de Ville, 2007)

Aymeric - F/s smith (Rouen, Hôtel de Ville, 2007)
Histoire d'illustrer l'article précédent et dans l'espoir d'encourager certains à bouger leurs fesses pour s'aventurer quelque temps au-delà des limites de leurs contrées résidentielles (une carte 12-25, quelques connections qui ne devraient pas être problématiques car on a vu moins solidaire que le skateboard en tant que vecteur social, et hop c'est parti), j'inaugure le premier 'vrai article' de ce blog avec une photo de moi (ben voyons, je vais me gêner) en front smith dans cette magnifique ville qu'est ROUEN ! Rouen dont l'hôtel de ville est un spot historique, arpenté par les skaters depuis des décennies (et oui !), et qui regorge d'endroits skatables d'une manière générale y compris un grand park couvert qui héberge chaque année le King of Wood, et auquel s'est notamment tenu en octobre dernier une démo Independent US qui n'en était qu'à moitié une, je me comprends ah ah ! Je profite d'ailleurs de cet article pour remercier Nico, Jako et toute la clique pour leurs multiples hébergements, parfois même de dernière minute (remember l'errance dans Rouen rive gauche by night à la recherche de l'appartement de Jako pendant deux heures avec Dam's et les autres, et les gens qui s'enfuient quand on veut leur demander les directions de peur qu'on les aggresse), vous êtes les bienvenus sur Blois quand vous voulez les mecs, ne zappez pas !

Egalement un petit aparte pour le shop local qui est super bon esprit, juste à côté du spot, et mérite bien un petit big-up : BUD Skateshop since 1997 dans ta face à boutons mecton !

Pour la petite histoire le cliché illustrant cet article a été shooté par Nico le lendemain d'un contest SKATE à Angers, que je n'avais pas le choix de gagner si je voulais pouvoir financer le voyage ! J'étais d'ailleurs censé rester en Normandie toute la semaine, mais j'étais vraiment trop rincé (et Steven, avec qui j'étais venu, réclamait de retrouver sa chambre, sûrement pour pouvoir y geeker en paix, mort de rire). On pourra dire que j'en ai parcouru des kilomètres ce week-end là ! D'ailleurs j'ai pas de photos d'Angers, mais c'est une ville magnifique aussi, franchement je ne dis pas ça dans le vent, à découvrir, et qui regorge de spots et de skaters super posés (mais non pas comme les lits), j'en garde un souvenir impérissable, j'en profite d'ailleurs pour saluer l'asso Quality Street et le shop local Biotope, piliers d'une scène qui bouge bien !

Les gens on se revoit sur Rouen bientôt !

# Posté le vendredi 14 novembre 2008 07:06